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Le revers des tontines digitales : le feuilleton Ndeya Beauté n’a rien d’isolé

L’affaire Ndeya Beauté a secoué la Tiktosphère la semaine dernière. L’actualité entourant la célèbre entrepreneuse et créatrice de contenus ne relève plus du simple buzz. Elle s’inscrit désormais dans un registre judiciaire lourd : garde à vue, plaintes multiples, accusations d’escroquerie et d’abus de confiance autour d’une tontine estimée à plus de 40 millions de francs CFA.

Mais ce feuilleton n’a rien d’isolé. Avant elle, la fille de Fatou Laobé avait déjà ouvert la voie, ou plutôt révélé la faille. Nd. F. Ndiaye, fille aînée de la célèbre chanteuse, a été placée en garde à vue puis déférée, en avril 2025, devant le parquet. Une histoire sur fond d’escroquerie dans une affaire de tontine automobile organisée via les réseaux sociaux, notamment TikTok. Des participantes affirment avoir versé jusqu’à plus de 16 millions de FCFA sans jamais recevoir le bien promis.

Le schéma est désormais connu : surfer sur la vague de la notoriété, d’une communauté sous le charme, avec à la clé la promesse d’une ascension sociale rapide. Aujourd’hui, la tontine est bien loin de ses missions d’antan. Avant, elle permettait de faire face aux urgences, de financer un commerce, de soutenir un projet familial ou simplement de lisser des revenus irréguliers. Et tout cela reposait sur une règle simple : la confiance encadrée par la proximité.

De nos jours, à l’ère des tontines 2.0, elle ne se joue plus dans une cour, mais dans des lives TikTok. On ne cotise plus avec des proches, mais avec des abonnés. On ne vérifie plus, on “like”.

La tontine, conçue pour sécuriser les plus vulnérables, devient un outil de leur mise en risque. Un système pensé pour limiter les incertitudes devient un espace d’opacité totale. Ce qui faisait sa force, à savoir la proximité, a disparu, cédant la place à la visibilité, qui n’offre aucune garantie.

Pourtant, la tontine a su se réinventer bien au-delà des réseaux sociaux à travers des applications mobiles. Des applications comme Itonti, TEKK TEGUI, FlexTontine ou encore Maman Tontine proposent aujourd’hui de digitaliser entièrement les cotisations. Paiements via mobile money, automatisation des versements, rappels, pénalités en cas de retard, suivi en temps réel : tout est pensé pour sécuriser et fluidifier le système. Certaines vont plus loin, à l’image d’Itonti, qui se positionne comme une véritable “super app” financière, intégrant transferts d’argent et services bancaires.
Au-delà de ces tontines 2.0 initiées par nos entrepreneures, ces histoires interrogent notre rapport au paraître. Elles révèlent le glissement dangereux du “m’as-tu-vu” vers le “tu répondras devant la loi”.

Hier, il suffisait d’afficher un spa, un train de vie luxueux, un corps remodelé, une communauté fidèle. Aujourd’hui, cela ne protège plus de la brigade de recherches, des plaintes collectives ou encore des condamnations.

Ces affaires rappellent une vérité brutale : la popularité n’est ni un modèle économique, ni une garantie morale, encore moins une immunité judiciaire. Elles rappellent également l’importance de savoir gérer ses finances. Ce n’est pas pour rien que l’éducation financière existe : elle permet de mieux gérer son argent au quotidien (budget, épargne, crédit, risques).

L’argent qui circule n’est pas un revenu personnel immédiat. Éviter l’éparpillement, multiplier les activités sans maîtrise ni structure mène droit à l’effondrement et à ce genre de déboires. Aujourd’hui, la véritable réussite se lit dans la cohérence d’une gestion, même des tontines, pour éviter certaines mésaventures.

Arame NDIAYE (LeSoleil)

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